Democratic Republic of the Congo
07.08.2025 - 17:59:23RDC : face au risque d’escalade, l’ONU estime que « le pire est peut-être encore à venir »
NEW YORK, 07 February 2025 / PRN Africa / -- « Si rien n’est fait, le pire est peut-être encore à venir pour les habitants de l’est, mais aussi au-delà de la République démocratique du Congo (RDC) », a mis en garde vendredi le chef des droits de l’homme de l’ONU, qui n’a pas caché son inquiétude face au « risque élevé d’escalade dans toute la sous-région ».
Lors d'une session extraordinaire du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies sur la RDC à Genève, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme a ainsi réitéré l’appel du Secrétaire général au Forces rwandaises de défense de cesser tout soutien au groupe armé M23 et de se retirer de la RDC. « Tous ceux qui exercent une influence sur les parties impliquées doivent redoubler leurs efforts pour éviter une conflagration et soutenir les processus de paix », a déclaré Volker Türk.
Une façon de rappeler qu’un « conflit encore plus profond et plus large » aurait des « conséquences dévastatrices » sur les civils. En attendant, il a fustigé les attaques du M23 et de leurs alliés, avec des armes lourdes utilisées dans des zones peuplées, prenant les civils au piège dans une nouvelle « spirale de violence ».
Des détenues de la prison de Muzenze violées
Depuis le 26 janvier, près de 3.000 personnes ont été tuées et 2.900 blessés. « Les chiffres réels sont probablement beaucoup plus élevés. À Goma (capitale de la province du Nord-Kivu), le 27 janvier, deux hôpitaux ont été bombardés, tuant et blessant plusieurs patients, y compris des femmes et des enfants », a décrit M. Turk.
Il s’est dit « horrifié par la propagation de violences sexuelles », qui sont « un élément effroyable » de ce conflit depuis longtemps. Selon des autorités judiciaires, lors de l’évasion massive de la prison de Muzenze à Goma le 27 janvier, au moins 165 prisonnières ont été violées.
« La plupart d’entre elles auraient été tuées par la suite, dans un incendie dont les circonstances restent floues », a précisé le chef des droits de l'homme. Par ailleurs, le Bureau des droits de l’homme est en train de vérifier de multiples allégations de viol, de viol collectif, et d’esclavage sexuel à travers les zones de combat.
En outre, les combats ont exacerbé une crise humanitaire chronique, qui est le résultat de violations persistantes des droits humains. Plus de 500.000 personnes ont été déplacées depuis le début de l'offensive du M23 dans le Nord et le Sud-Kivu début janvier. Cela s’ajoute au plus de 6,4 millions de personnes déjà déplacées.
L’exploitation illégale des ressources naturelles à l’origine de ce conflit
L’aéroport de Goma, qui est tellement important pour l’aide humanitaire, a été rendu inopérationnel par le M23 et les forces rwandaises. Les entrepôts appartenant à la mission de paix des Nations Unies, la MONUSCO, et à des organisations humanitaires ont été pillés.
Pourtant malgré ce sombre tableau, M. Turk est persuadé que la voie militaire n’est pas non plus une réponse à « l’exploitation illégale des ressources naturelles, qui sont à l’origine de ce conflit ». Il invite donc les pays à s’assurer que « tout soutien financier ou autre, n’alimente pas la commission de graves violations des droits humains ».
Analysant l’économie politique de ce conflit, M. Türk s’est dit « toujours frappé par le fait que la population de l’Est souffre terriblement, tandis que beaucoup de produits qu’on utilise, comme les téléphones portables, sont nourris par les minéraux de l’est de la RDC ». « Nous sommes donc impliqués toutes et tous », a-t-il affirmé.
Dans de telles circonstances, il est donc crucial d’ouvrir une enquête indépendante et impartiale, mais aussi de traduire en justice les auteurs de violations. « Le peuple congolais souffre des horreurs depuis des décennies. Combien d’innocents doivent encore perdre leur vie, pour qu’enfin on puisse voir naître une réelle volonté politique pour résoudre cette crise ? Il faut agir de toute urgence pour mettre fin à cette situation tragique », a fait valoir le chef des droits de l’homme de l’ONU.
Le cessez-le-feu annoncé par le M23 n’a tenu qu’un seul jour
Pour sa part, la cheffe de la MONUSCO, Bintou Keïta, a fait état d’une « avancée sans précédent du M23 et des forces armées rwandaises », avec une « expansion territoriale » du M23 au Nord-Kivu, où il occupe en partie quatre des six territoires, et la prise de plusieurs localités du territoire de Kalehe, au Sud-Kivu.
Dans ce climat d’hostilités, le cessez-le-feu unilatéralement annoncé par le M23 et son partenaire l’Alliance Fleuve Congo (AFC), le 4 février, n’a tenu qu’un seul jour et permis le renforcement présumé de leurs positions au Nord- et Sud-Kivu et la reprise d’intenses combats dans les environs de la ville de Bukavu, capitale du Sud-Kivu.
« La reprise des offensives dans des centres densément peuplés, comme ce fut le cas à Goma, entraînerait des conséquences dévastatrices sur la population civile », a averti Bintou Keïta, relevant « le risque d’expansion du conflit dans la région si des mesures urgentes, dissuasives et contraignantes ne sont pas prises pour arrêter l’escalade de la violence ».
Sur le terrain, la criminalité et la montée de la justice populaire sont plus qu’alarmantes, avec la prolifération d’armes abandonnées par les soldats et l’errance de plus de 4.000 prisonniers évadés de la prison centrale de Goma le 27 janvier.
La MONUSCO inquiète des attaques à motivation ethnique
Par ailleurs dans une région à « l’histoire sensible », les attaques à motivation ethnique restent une « préoccupation sérieuse ». Le Bureau conjoint des Nations Unies aux droits de l’homme (BCNUDH) en RDC a ainsi documenté un cas de lynchage présumé à motivation ethnique dans un site de personnes déplacées, ainsi que des violences physiques et verbales à l’encontre de journalistes à Goma.
« À Kalehe, dans le Sud-Kivu, le BCNUDH a reçu des rapports d’attaques physiques, d’enlèvements et d’extorsions de civils liés à l’appartenance ethnique supposée des victimes », a détaillé Mme Keïta, tout en appelant à l’unité et à la cohésion sociale. Elle encourage l’adoption du » projet de loi contre le tribalisme, le racisme et la xénophobie ».
Plus largement, la Représentante du Secrétaire général de l’ONU en RDC a rappelé la nécessité de poursuivre les négociations diplomatiques entre les gouvernements de la République démocratique du Congo et du Rwanda, notamment dans le cadre du processus de Luanda.
Ecoutez l'entretien d'ONU Info avec Bintou Keita :
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Risques « sérieux » de trafic d’enfants à des fins de recrutement
De son côté, un représentant des experts indépendants de l’ONU a alerté sur les « risques sérieux » de trafic d’enfants à des fins de recrutement et d’utilisation par toutes les parties au conflit.
Le Président du Comité de coordination des procédures spéciales s’est également préoccupé du sort des populations vulnérables, notamment les peuples autochtones pygmées, les personnes handicapées, les personnes âgées et les victimes de violences sexuelles liées au conflit.
Selon Surya Deva, la communauté internationale a l’obligation morale et juridique d’agir de manière décisive. La mise en place de mécanismes solides de reddition des comptes est essentielle pour prévenir l’impunité et garantir la justice aux victimes. « La gravité de la situation exige un engagement international urgent et soutenu », a insisté M. Deva.
Des enfants à Goma, dans l'est de la République démocratique du Congo.Nations Unies Des enfants à Goma, dans l'est de la République démocratique du Congo.
Le Conseil des droits de l’homme lance une enquête sur les exactions
A l’issue de la session extraordinaire, les 47 Etats membres du Conseil des droits de l’homme de l’ONU ont accepté, vendredi, de lancer une enquête sur les exactions dans l’est de la RDC. Le projet de résolution présenté par le gouvernement congolais a été adopté sans vote.
Dans un premier temps, une Mission d’établissement des faits, nommé par le Haut-Commissaire aux droits de l’homme, examinera les abus commis.
Après un rapport de cette mission dans environ sept mois, une Commission d’enquête internationale composée de trois experts et désignée par le Président du Conseil des droits de l’homme, Jürg Lauber, prendra le relais.
Le texte de la résolution adoptée vendredi exige le retrait du M23 et condamne le soutien de l’armée rwandaise à ce groupe armé.
La résolution condamne également « l’exploitation illicite des ressources naturelles » dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, et exige que des « mesures strictes » soient prises pour « mettre fin au pillage » de ces ressources qui alimente le conflit et finance les groupes armés.
La RDC demande « une pression internationale » contre le Rwanda
Avant l’adoption de la résolution, le gouvernement congolais a dénoncé « fermement l’implication continue de certains États, notamment le Rwanda, dans le soutien logistique, militaire et financier à des groupes armés opérant sur son territoire ».
Pour la RDC, il est urgent d’exercer une pression internationale pour que Kigali cesse immédiatement son soutien à ces groupes armés et se retire immédiatement du territoire congolais.
« Face à cette situation, la RDC appelle à la mise en place d’une Commission internationale d’enquête pour examiner les violations des droits de l’homme commises dans notre pays », a déclaré Patrick Muyaya Katembwe, ministre congolais de la communication.
Selon Kinshasa, l’adoption par consensus de la résolution du Conseil serait « un signe de solidarité pour les millions de Congolais qui vivent aujourd’hui sous l’occupation du Rwanda ». « Cette commission devra être mandatée pour établir la vérité sur les responsables de ces crimes. Nous appelons également à l’adoption de mesures concrètes pour prévenir de telles violations à l’avenir ».
Kigali accuse la RDC de planifier une attaque contre le Rwanda
L’ambassadeur du Rwanda à l’ONU a rejeté vendredi les allégations selon lesquelles le pays serait responsable de l’instabilité dans l’est de la RDC et a déclaré qu’il avait des preuves que le pays voisin lui-même préparait une « attaque imminente et à grande échelle » contre le Rwanda.
« Nous nous opposons catégoriquement aux tentatives de la RDC de présenter le Rwanda comme responsable de son instabilité dans l’est de la RDC », a dit James Ngango, ambassadeur du Rwanda auprès de l’ONU à Genève, lors de la réunion d’urgence du Conseil des droits de l’homme. Kigali indique avoir pris des « mesures défensives » pour « protéger » son « intégrité territoriale ».
Le Rwanda a également réfuté les accusations selon lesquelles « les ressources minérales sont la cause du conflit ». « Il s’agit encore une fois d’une mauvaise tactique de bouc émissaire visant à détourner l’attention de ce qui se passe réellement ».
Pour Kigali, il faut donc donner « une chance » aux initiatives régionales au lieu « d’alimenter les discussions en cours au sein d’autres organes compétents de l’ONU ». « À la lumière des éléments susmentionnés, le Rwanda ne soutient pas la résolution proposée et demande donc à tous ceux qui souhaitent donner une chance à une résolution pacifique des conflits en RDC de voter contre ou, au moins, de s’abstenir de voter en faveur de cette résolution », a plaidé le diplomate rwandais avant l'adoption de la résolution.
Sommet régional en Tanzanie
Cette session extraordinaire du Conseil des droits de l’homme de l’ONU intervient alors que des discussions s’ouvrent ce vendredi en Tanzanie pour discuter de la situation en RDC.
Sur le terrain, le groupe armé du M23 – soutenu par l’armée rwandaise – continue son offensive. Après l’occupation de Goma, les combats sont désormais dans la province voisine du Sud-Kivu.
En écho aux travaux du Conseil des droits de l’homme, l’Agence sanitaire mondiale de l’ONU note que la situation reste « tendue et volatile », avec des besoins sanitaires « immenses ». Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les hôpitaux et les morgues pour les blessés et les morts sont débordés dans et autour de Goma.
Si 65 blessés ont été signalés dans trois hôpitaux du Sud-Kivu, le Nord-Kivu a enregistré 3.082 blessés et 843 morts dans 31 établissements de santé.
Crise sanitaire alarmante dans l’Est de la RDC
« On s’attend à ce que ces chiffres augmentent encore à mesure que de plus en plus de blessés parviennent à atteindre les centres de soins et que de plus en plus de cadavres sont ramassés dans les rues », a déclaré, depuis Kinshasa, le Dr Boureima Hama Sambo, Représentant de l’OMS pour la RDC, lors d’un point de presse de l’ONU à Genève.
« La vue de corps gisant sans soins est affligeante. Bien que les corps des personnes décédées à la suite de blessures ne soient généralement pas porteurs ou propagateurs de maladies, les morts ont le droit d’être identifiés et d’être enterrés correctement, et il est important que les vivants sachent que leurs proches ont reçu ces soins », a-t-il ajouté.
Comme pour aggraver une situation humanitaire déjà préoccupante, les risques infectieux se sont multipliés. Près de 600 cas suspects de choléra et 14 décès ont été signalés au Nord-Kivu entre le 1er et le 27 janvier. S’agissant du mpox (variole simienne), 90 % des patients (128 sur 143) dans les unités d’isolement de Goma ont fui pour se mettre à l’abri, ce qui rend presque impossible de leur fournir des soins et augmente le risque de propagation.
Ces derniers développements surviennent alors que plus de 70 (6 %) des centres de santé du Nord-Kivu ont été touchés, certains étant complètement détruits et d’autres ayant du mal à redémarrer leurs activités. Certaines ambulances ont également été endommagées.
SOURCE Centre d'actualités de l'ONU

